Immigration et santé mentale – les précieux conseils d’un chercheur en psychologie

Le psychologue colombien Nelson Perez Pulgarin a travaillé en Afrique, en Europe et en Amérique Latine. Il répond aux questions d'Edwin Perez Uberhuaga, directeur du magazine Aqui Latinos Internacional . Je vous propose ici ma version française de cette interview et pour les fans d'espagnol, vous pouvez l'écouter .

Qui sont les plus fous? Les Africains, les Européens ou les Latinos?

Interview de Nelson Perez Pulgarin, psychologue colombien installé à Fribourg depuis 2019
par Edwin Pérez Uberhuaga, journaliste et directeur du magazine: Aqui Latinos Internacional

— Tu as vécu en Afrique. Raconte-nous ton expérience en tant que psychologue colombien en Afrique.
— Oui, j’ai passé environ dix ans en Afrique: d’abord trois ans en Éthiopie puis six ans au Kenya. Il faut dire que les besoins en soutien psychologique sont assez importants sur tout le continent. J’ai principalement été employé au sein de projets communautaires, mandaté par des institutions internationales pour travailler avec les communautés. J’ai donc œuvré auprès de familles et d’individus. Ces pays connaissent des contextes difficiles liés aux camps de réfugiés, à la migration, où des milliers de personnes ont besoin de l’aide de professionnels.

— Une question peut-être bête – les chiffres montrent que les cas de dépression, de suicide sont très nombreux dans nos pays développés. Contrairement à l’Afrique où les cas ne sont pas si nombreux. Donc ma question bête: qui sont les plus fous, les Africains ou les Européens ou encore les Latino-Américains que vous connaissez bien?
— C’est une question intéressante, je pense qu’une des façons de réduire les cas de suicide réside dans le développement de la capacité de résilience c’est-à-dire qu’une personne qui se trouve dans le besoin va développer un mental plus fort. Dans les pays développés, on a plus facilement accès au confort et donc, la moindre difficulté paraît gigantesque.

— Alors quelles solutions la psychologie universelle nous apporte-t-elle? Fonctionne-t-elle partout ou faut-il l’adapter selon chaque psychologie et chaque région?
— Il existe des théories générales qui doivent être adaptées au contexte, dans le respect de la culture du patient. Chaque contexte est différent.

— En quoi consiste la recherche que tu mènes actuellement ici à Fribourg? Tu as mentionné un projet de recherche avec une université espagnole.
— Oui. Nous travaillons sur un projet de recherche depuis un an et demi avec l’université de Valence en Espagne. Le point central de la recherche touche à l’impact psychosocial du processus d’intégration pour les Latino-Américains qui arrivent en Suisse, avec la Suisse comme société d’accueil.

— Et quelles conclusions avez-vous déjà pu tirer de cette recherche?
— Les conclusions sont liées à l’étude des émotions, des sentiments. Le processus d’intégration implique théoriquement la responsabilité de toutes les parties concernées, tant celui qui arrive que celui qui accueille. Pourtant, nous avons rencontré des personnes qui, à cause de décisions administratives, développent des émotions de peur, de colère, de dépression, ou encore d’anxiété. L’objectif de la recherche est donc de fournir à l’administration municipale des outils qui permettent d’inclure l’aspect psychologique dans le processus d’intégration en complément des considérations administratives.

— Qu’est-ce qui se passe pour un Latino-Américain qui n’a pas la force mentale nécessaire? Hier, j’ai interrogé un Péruvien qui a tenté de se suicider plusieurs fois. Ma question: l’Espagne, l’Italie, la France, la Suisse jouent-elles réellement leur rôle d’hôte ou faut-il être fort psychologiquement pour affronter ce processus?
— Une chose est d’être fort, une autre est de posséder les outils nécessaires. Je pense que le phénomène social qu’est la migration contient un premier deuil qu’il faut travailler. Je conseille donc aux Latino-Américains qui nous écoutent depuis la Suisse et toute l’Europe, de ne pas rester seuls, de chercher de l’aide même s’ils sont loin de leur famille ou de leurs amis proches. La dernière chose à faire est de s’isoler, car cela ouvre la voie à des pensées négatives qui ont des conséquences dont je ne veux pas parler ici.

— Et aujourd’hui, grâce aux réseaux sociaux, les Latino-Américains parlent avec leur famille pendant qu’ils prennent le train ou le bus, ils voient les petits grandir et cela les aide à garder le moral. J’ai passé environ 20 ans en Europe, et à mon époque, on se raccrochait seulement à de vieux clichés sans savoir vraiment ce qui se passait dans la vie de nos proches.
— Je pense qu’il n’y a pas de règle générale ni de remède tout fait, mais ce que nous savons sur ces situations difficiles, émotionnellement ou sentimentalement, c’est qu’il ne faut pas rester seul. Il faut taper aux portes, sortir, en Suisse ou ailleurs, et trouver autour de nous des personnes avec qui parler pour ne pas tout garder à l’intérieur.

— Et où te trouve-t-on Nelson, pour ceux qui veulent participer à ce projet de recherche, sur Facebook?
— Oui sur Facebook, mon nom est Nelson Pérez Pulgarin et j’ai indiqué mon numéro de natel. Nous avons pour l’instant une population de 60 personnes pour la première phase et nous avons besoin de plus de monde pour la suite. Toutes les informations sont traitées de manière confidentielle et anonyme.

Pour ma part, j’ai rencontré aujourd’hui des Latino-Américains de plusieurs pays, Venezuela, Colombie, Bolivie, Équateur, dans plusieurs villes de Suisse. Je continue de récolter des histoires et de vous les partager.

Edwin Pérez Uberhuaga
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Nelson Pérez Pulgarin: psychologue suisso-colombien et enseignant-chercheur
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